CHAMPIONNAT REGIONAL INDIVIDUEL

20 & 21 novembre 2010

Palais des Sports René Bougnol Montpellier

J'arrive dans la "bulle" de Bougnol, dôme de verre au squelette d'acier. Le ciel est gris presque noir, la pluie tombe dru et tambourine impatiente. Soudain, sans aucun signe précurseur, Vrarrrhoum ! Un crépitement aussi assourdissante qu'un feu d'artifice emplit l'espace, la grêle hargneuse, se jette de toutes ses forces contre les plaques translucides du toit, quelques mètres plus bas les petites billes de glace rebondissent sur le sol en une ultime sarabande pour finalement sembler se fondre dans le bitume.

J'aime le bruit, de la pluie contre les vitres de la maison, de la grêle contre la tôle ondulée du toit de la cabane où je jouais enfant, des éclairs imprévisibles et menaçants qui illuminaient ma tente de campeuse solitaire, recroquevillée dans mon sac de couchage je comptais chaque seconde pour savoir à quelle distance allait tomber la foudre.

Tout est là, dehors, le rap frénétique des gouttes d'eau sur la capuche de mon poncho imperméable, le délice de patauger dans les flaques et la boue, l'odeur de la terre mouillée, ce sentiment de confort inouï quand tout se déchaîne autour et que l'on reste sec, chaud, illusoirement protégé.
L'herbe frissonne sous les bourrasques de vent et dévoile toutes les nuances d'un vert que j'ignorais, une goutte ruisselle, chatouilleuse, sur l'arête de mon nez, l'arbre dont la cime se noie dans les nuages, debout, résiste et se débarrasse sporadiquement de l'eau accumulée sur ses feuilles. Gare au naïf qui pense trouver un abri sous un plus grand que lui et qui ne sait pas que dans la tempête, c'est chacun pour soi !

Le fracas de la grêle s'est arrêtée aussi soudainement qu'il a commencé, la pluie dégouline encore, mollement, la musique de la compétition est à nouveau audible, l'œil noir, cyclopéen, d'une tasse de café me regarde sans ciller. Chacun s'affaire à son poste, mes pensées se diluent lentement comme un paysage campagnard sous l'averse.

Il fait bon ici, je quitte ce spy bedonnant et figé, gonflé à jamais par les cris des supporters enthousiastes et les joies éphémères des vainqueurs d'un jour.
De retour dans la salle je regarde avec tendresse ces jeunes filles qui donnent le meilleur d'elles même sur le praticable, certaines, ayant grandi trop vite sont bien embarrassées de leurs grandes jambes et leurs grands bras. Il faudra un peu de patience pour que nos faons trouvent le bon équilibre et gambadent élégamment sur le carré magique.

Au delà de la grâce des gestes et de l'harmonie des corps, pour notre modeste part nous les accompagnons dans leur quête, cela demande écoute et compétence, bienveillance et générosité. Mais sommes-nous toujours les adultes rassurants, tolérants et protecteurs, qui doivent les guider dans la traversée de leur jeunesse parfois plus tourmentée qu'un orage de grêle en novembre?

Berdhé Lèque

 
Photos Franck Lechner