CHAMPIONNAT DE FRANCE GR
DIVISIONS NATIONALES & FEDERALES
Toulouse 23 - 24 mai 2009
1) Le CANAL du MIDI

Montpellier-Toulouse : 2 heures par l'autoroute, Ce championnat de France DN j'y vais d'autant que Toulouse c'est mon pays, ma terre natale, et je ne manque jamais l'occasion d'un retour aux sources

nième voyage sans problème, le doublon hôtel-resto est sympa juste à la sortie de l'échangeur. Pas le grand luxe bien sûr, notre statut de "grand" club de gym ne nous le permet pas, mais bon ça à l'air coquet et pratique. Buffalo a franchi l'océan pour nous apporter ses steaks nous ferons bien sans rechigner les 20m qui nous séparent de l'hôtel. Dans cette petite zone industrielle tout à l'air calme en ce vendredi de mai.

 

Sitôt les bagages posés dans les chambres les filles se préparent à aller au Palais des sports pour prendre leurs marques. Je renonce à les suivre.

Je connaissais ce coin bien avant l'implantation de cette pépinière d'entreprise. Ramonville Saint Agne, la maison de mes parents n'était pas très loin.

Je fais le tour du propriétaire, cette bouche d'incendie me semble bizarre sans que je parvienne à savoir pourquoi. Je sens qu'on m'observe, illuson ?

Le Canal du Midi est tout proche, quelques dizaines de mètre à peine, mon envie d'aller voir est trop forte, c'est décidé; sans me presser je me dirige vers le rideau de verdure, j'ai un peu peur d'être déçu, c'est si loin tout ça dans ma mémoire.

Quelques mètres encore, une petite butte à franchir et comme par magie, d'un pas, me voici transporté instantanément des années en arrière, comme dans un roman de science fiction je fais un voyage fulgurant dans le temps.
Le voici mon vieux Canal, pareil à mon souvenir, seul un petit ruban de bitume propret cours le long des platanes où passent de temps en temps promeneurs et cyclistes.

Plus loin, vers le "Pont des Demoiselles" il y avait une guinguette qui n'ouvrait que le samedi et le dimanche. Je me souviens des tonnelles fleuries, de la musique qui s'évanouissait en glissant vers les berges, des promenades amoureuses avec la fiancée d'un jour qu'on entraînait derrière les platanes complices pour l'embrasser passionnément, loin des regards, avec aux lèvres le goût des interdits, quand le rose, sans fard, venait à ses pommettes.
Tailles cintrées, jupes en corolles, valses, tango, slow langoureux, on se prenait la taille, la bouche et le cœur pour se donner notre jeunesse.

Les arbres sont toujours là, les cailloux du chemin de halage roulent sous mes pas, et le vent apporte l'écho des voix fortes des bateleurs encourageant les puissants Percherons qui halaient les péniches ventrues.

Non rien n'a vraiment changé, je me penche pour contempler curieux et attendri l'eau paresseuse et verte. Où sont mes amourettes d'un jour et mes émois d'adolescent ? Comme cette eau mystérieuse, que le temps ne semble pas avoir altéré, mes souvenirs sont là, présents juste sous la surface, intacts, immobiles, nul courant ne les a noyés dans le flot de l'oubli.

Une jeune femme en vélo passe et me tire de ma rêverie.

Plus loin juste dans le virage du Canal un vielle carcasse de péniche, rouillée, abandonnée.

 

Intrigué je m'approche, surprise ! Aussi loin que porte mon regard une enfilade de péniches et de bateaux peuplent la berge, vaisseaux sans rames et voiliers sans haubans, à jamais arrimés aux berges verdoyantes.

J'aborde un couple de promeneur sur le pont :

<<Depuis combien de temps y a-t-il des péniches stationnées ici ?
- Oh ! Cela fait bien quelques dizaines d'années nous ne saurions trop dire exactement>>

Et moi qui ne mesure le temps passé qu'en croisant un miroir, et mon âge dans le regard de ceux que j'aime !

Je ressens avec nostalgie la distance qui me sépare de mes jeux d'enfant, les péniches impertinentes ont remplacées les pêcheurs somnolants sous leur chapeaux de paille. Qu'il est loin le temps où je venais avec mon grand-père pêcher les carpes têtues et les gardons frétillants sans pouvoir rester tranquille plus de deux minutes sur mon siège.

Le Canal a gardé sa vigueur : flâneurs, marcheurs, joggeurs, cyclistes de tous âges côtoient ses rives, une hétéroclite succession de maisons flottantes ont colonisés son lit. Paul Riquet doit être fier.

Je continue mon chemin pour découvrir un mini port fluvial et quelques bateaux à sec, dont on rafistole la coque. Un instant je me demande si je ne suis pas dans quelque port du languedoc et si l'eau du canal n'est pas un peu salée !.

 

A la façade d'un bâtiment de béton qui prétend être un restaurant, cette devise :
<<Les marins d'eau douce ne boivent pas que de l'eau plate>>

Les tags, la verdure, les péniches tout cela est surréaliste et je regarde avec amusement le stock de bois de chauffage que s'est constitué un Capitaine valeureux, peut-être dans l'urgence a-t-il débité ses trois mats.

Une vieille dame passe, elle semble chevaucher un vélo d'appartement dont elle tourne avec difficulté les récalcitrantes pédales, de l'autre côté un jardin, l'écriteau annonce "tomates à vendre".

 

Tournant le dos aux petites excentricités locales, je reprends ma promenade bucolique et je retrouve instantanément le calme et le charme discret de mon Canal, les branches des arbres trop occupées à se mirer dans l'eau finissent par en caresser la surface, peut-être aussi veulent-elles savoir où vont les risées qui glissent malicieuses à la surface, dont les reflets argentés et capricieux brouillent ma vue......

Le temps ici, s'arrête, et le vent d'Autan, léger, rappelle dans un doux murmure aux passants mélancoliques, leurs souvenirs les plus secrets.

 

 
2) PENSION COMPLETE

Retour à l'hôtel, je plonge tout de suite dans la réalité de jeunes filles qui s'appliquent à reprendre des forces dans le cadre feutré de ce restaurant, bien loin de mes récentes rêveries.

Le tableau n'est pas d'ailleurs dénué de charme et la bonne humeur qui règne autour de la table chasse les nuages gris de mes pensées intimes. Sourires et complicités, un petit air de fête flotte, l'instant n'est pas à la morosité et c'est tant mieux.

Charline, Alessandra, Mélanie, Laëtitia et Marion...... Marguerite nous a rejoins. Visages juvéniles et souriants, jeunes filles heureuses que le stress de la compétition n'a pas encore rattrapé.

Dany accompagnée d'Hélène et de Mélissande arrive enfin, ma solitude prend fin et les dernieres volutes moroses inscrites en filigrane dans mes pensées s'éloignent définitivement.

L'heure du repas approche à grand pas c'est toujours une bonne nouvelle, moment de partage où je prendrai connaissance des potins du petit monde de la GR.

On se couchera de bonne heure après une courte soirée de bavardages, de confidences et de rires, pour être en forme demain.

3) SAMEDI
Court trajet en minibus jusqu'à l'entrée du métro. Pratique, rapide, une petite vingtaine de minutes, pas de problème de stationnement, et nous voici arrivés au coeur de la ville à 100 mètres à peine du Palais des Sports.

Bien sûr je suis un peu frustré de ne pas parcourir en voiture les avenues et les grands boulevards, toutes vitres ouvertes. Sentir l'air de "ma" ville et reconnaître ici et là, les cafés, les facades des immeubles et les places où je flanais lycéen après les cours.

A la sortie du métro une belle surprise, Sandrine et les sept petites......... gyms : Claire, Camille, Lilou, Louane, Mathilde, Aurélie et Camille qui aussitôt en nous voyant antonnent bruyamment :
<<Tous ensembles, Tous ensembles, Montpellier, Montpellier !>>

Arrivée au Palais des Sports, les choses ont déjà commencées Marine et Marie ont obtenues un excellente 14ième place, un résultat qui nous comble, chacun partage leur joie, il est toujours important de bien commencer une compétition. A la table des juges un visage familier, mais le reconnaitrez vous ?

Tout de suite dans le bain, le DN1 à l'échauffement : Létitia, Marion, Charline, Emanuelle, Alessandra, ont l'honneur, souvent dévolu au club, d'ouvrir la compétition.

Ca se passe bien, entrée sur le praticable, la chorégraphie est splendide, deux cerceaux se télescopent en vol, une petite erreur d'exécution à laquelle les juges accorderont une grande importance. Pourtant pas de sortie de praticable mais une note sévère. Mais vous le savez : note de base oblige !
Malgré un beau passage Marguerite ne sera pas très bien notée, dommage.
Résultats, déjà dans les ordinateurs, Ah les progrés de la technique ! Montpellier 8ième, c'est un bon résultat bravo à toutes, bon travail.

Dans les gradins les discussions vont bon train Marguerite en sportive de haut niveau contient sa déception. Elle sera sacrée deuxième française en individuelle huit jours plus tard !

 

Fin de la compétition, petit Mac-Do en commun dans la nuit Toulousaine, les parents de Margue sont avec nous, il est trop tard pour aller au centre ville trouver un vrai resto, et trop tard pour s'en faire. La bonne humeur est revenue, coeurs vaillants en avant.... vers le métro et le dodo.

 

Quelques anciennes sont venues nous voir, Florence Meynard désormais installée à Toulouse est venue passer une bonne partie de la journée avec nous et soutenir son club.Elle part avec nous pour rejoindre son appartement.

Que de souvenir ensemble, quelle belle gymnaste elle fût, certainement l'une des plus prometteuse de sa génération, celle en qui nous fondions nos plus grand espoirs. Las, que croyez vous qu'il advint ? Heureusement, c'était un élève brillante comme beaucoup de nos gymnastes elle poursuit sa route sans regret.

 
4) DIMANCHE

Il y a des réveils difficiles, à l'hôtel le buffet du petit déjeuner est étroitement surveillé par 4 robustes gaillards, je ne suis pas tellement rassuré en me servant le café, je prends subreptissement un croissant sans demander mon reste, Ouf ! rien ne se passe.

Métro et hop me voilà au Palais des sports. Plein de visages connus, les parents du club sont arrivés et déjà installés pour encourager leur fille. Ambiance chaleureuse et passage de l'équipe très convainquant.

Podium, les petites font une très enviable 9ième place et nous en sommes fiers elles ont bien travaillées.

Ca traîne et ça rigole dans les gradins, fin de cycle et renouveau, le rassemblement dans à l'extérieur tarde à se faire. Aude fait le pître et nous transmet sa bonne humeur, le ciel est bleu, il fait beau dans nos têtes, l'heure est à la fête.

C'est le temps de la photo de famille, la délégation presque au grand complet, (puisque je n'y suis pas) et les supporters posent pour la postérité, j'immortalise ce moment mémorable et les belles pancartes dont les slogans percutants ont subjugués la salle et boostés nos gymnastes!

Une mention spéciale donc aux valeureux combatants des gradins qui, immergés dans cette cocotte minute, n'ont jamais protesté, souffrant en silence quand, dans ce sauna géant, coulait le long de leur colonne vertébrale une sueur acide, honneur à leurs fesses meutries par des sièges inconfortables, gloire à leurs tympans transpercés par les cris stridents, ils ont malgré tout gardé le sourire.

Maman, Papa merci !
<<Tous ensembles, Tous ensembles Montpellier !>>

La grande fête est finie, les joies et les petites déceptions s'estomptent déjà dans la douceur d'une fin d'après midi à l'ombre des grands platanes qui bordent le Canal.

Les bagages s'entassent dans les mini-bus, les "petites" sont parties, on attend les dernières retardataires, nous seront rentrés avant la nuit et demain déjà nous nous raconterons cette aventure.

Photos et Texte Berdhé Lèque Tous droits réservés Montpellier GRS